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Le plan directeur canadien pour les carburants d'aviation durables : de l'ambition à l'action

9 sept.
4 min de lecture

En juillet dernier, le Canada a publié son Plan directeur pour les carburants d'aviation durables (CAD), qui établit une feuille de route visant à développer un marché canadien des carburants d'aviation durables et à soutenir l'objectif national d'atteindre une utilisation de 10 % de CAD d'ici 2030, soit l'équivalent d'environ un milliard de litres par année.


Ce plan directeur n'impose toutefois aucune obligation d'utilisation des CAD. Il vise plutôt à cerner les obstacles que le Canada doit surmonter et à identifier les mesures que les gouvernements et l'industrie pourraient mettre en œuvre afin d'accroître la production de carburants d'aviation durables.

 

Que signifie ce plan pour le Canada?

Le Canada dispose d'atouts considérables : d'abondantes ressources provenant de l'agriculture et de la foresterie, une expertise reconnue dans les domaines du raffinage et de l'énergie, des capacités technologiques solides ainsi qu'un important marché de l'aviation. Malgré ces avantages, l'émergence d'une industrie canadienne des CAD à l'échelle commerciale demeure relativement lente.


Le plan directeur reconnaît que l'atteinte de l'objectif de 2030 uniquement grâce à la production nationale représenterait un scénario très ambitieux. Le Canada devra donc compter sur une combinaison de production intérieure et d'importations de CAD, tant à court terme qu'à plus long terme, à mesure que l'industrie se développera.


Le défi consiste maintenant à transformer les avantages naturels du Canada en un marché attrayant pour les investisseurs. Cela signifie notamment créer des signaux de demande plus robustes, réduire les risques liés aux investissements, développer les chaînes d'approvisionnement et les infrastructures, soutenir les nouvelles technologies et réduire l'écart de prix important qui existe actuellement entre les CAD et le carburant aviation conventionnel.

 

Comment le Canada se compare-t-il à l'Europe?

L'Europe a adopté une approche davantage axée sur la réglementation. Dans le cadre de l'initiative ReFuelEU Aviation, l'Union européenne exige que les CAD représentent au moins 2 % du carburant utilisé en aviation en 2025, une proportion qui passera à 6 % en 2030 et à 70 % d'ici 2050, avec des exigences additionnelles visant les carburants synthétiques produits à partir d'électricité renouvelable.


À première vue, l'objectif canadien de 10 % d'ici 2030 semble plus ambitieux que la cible européenne de 6 %. Toutefois, une différence fondamentale distingue les deux approches : l'objectif canadien est volontaire, alors que les exigences européennes sont obligatoires.


Pour les investisseurs, cette distinction est importante. Les obligations réglementaires offrent une plus grande certitude quant à l'existence future d'un marché pour les CAD. Elles ne garantissent toutefois ni la compétitivité des coûts ni le développement d'une production locale sans mesures incitatives complémentaires.


Cela dit, le Canada ne devrait pas simplement reproduire le modèle européen. Son approche doit tenir compte de sa réalité propre, notamment de sa géographie, de ses ressources disponibles, de l'économie du transport aérien canadien et de la nécessité de demeurer concurrentiel par rapport aux marchés voisins.

 

Positionner le Canada pour concurrencer... et se démarquer

Le Canada a l'occasion de devenir bien plus qu'un simple consommateur de carburants d'aviation durables. Avec un cadre adéquat, il peut développer une industrie des CAD compétitive capable d'attirer les investissements, d'accroître la capacité de production nationale et de positionner les entreprises canadiennes dans un marché mondial en pleine croissance.


Le plan directeur reconnaît d'ailleurs que les investissements sont plus susceptibles d'être dirigés vers les juridictions qui offrent des politiques stables à long terme, des chaînes d'approvisionnement bien établies et un niveau de risque réduit pour les projets.


La voie à suivre exigera donc un équilibre soigneusement dosé : créer suffisamment de certitude pour attirer les investissements dans les CAD, tout en évitant que la transition n'impose un désavantage concurrentiel aux entreprises canadiennes.

 

C-SAF : rassembler l'écosystème

Le Conseil canadien des carburants d'aviation durables (C-SAF) a joué un rôle important en réunissant les différents intervenants de la chaîne de valeur des CAD autour du développement d'un marché canadien.


Sa feuille de route a permis de définir plusieurs priorités, notamment en matière de politiques publiques, de durabilité, d'approvisionnement en matières premières, de capacités de production, de technologies et d'innovation.


Maintenant que le plan directeur a été publié, le C-SAF est bien placé pour poursuivre son travail de collaboration auprès des compagnies aériennes, des aéroports, des producteurs, des fournisseurs de matières premières, des gouvernements et des investisseurs afin de transformer cette vision en mesures concrètes.

 

L'ATAC : soutenir les membres durant la transition

Pour l'ATAC, le dossier des carburants d'aviation durables constitue également un enjeu important de compétitivité pour ses membres.


Alors que le Canada déterminera comment le plan directeur se traduira en politiques concrètes, l'ATAC continuera de promouvoir des conditions permettant aux exploitants canadiens de participer à cette transition tout en demeurant concurrentiels par rapport aux transporteurs des marchés voisins, particulièrement aux États-Unis.


Cela comprend notamment l'importance d'assurer un approvisionnement suffisant en CAD, de développer les infrastructures nécessaires, d'offrir un soutien gouvernemental approprié et d'évaluer soigneusement les coûts additionnels potentiels qui pourraient être assumés par les exploitants et les passagers.


Le plan directeur lui-même reconnaît ce défi : dans un modèle où les coûts sont ultimement assumés par les utilisateurs, les coûts supplémentaires associés aux CAD risquent d'être répercutés sur les consommateurs.


Par son travail de représentation, l'ATAC peut contribuer à faire valoir le point de vue des exploitants canadiens tout en soutenant un objectif plus large : offrir au Canada les conditions nécessaires pour être concurrentiel et, potentiellement, devenir un chef de file du marché mondial émergent des carburants d'aviation durables.


Le plan directeur trace la voie à suivre. La prochaine étape consistera à transformer cette ambition en investissements, en capacité de production et en avantage concurrentiel pour le Canada.

 

Références utiles

 

 
 
 

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